Langues d’Europe et de la Méditerranée

Introduction

Drapeau de l'Occitanie

L’occitan est une langue romane située au centre de l’espace des langues néo-latines. Il forme un ensemble gallo-roman méridional face au français et aux dialectes d'oïl qui représentent le gallo-roman septentrional, le franco-provençal correspondant à une aire linguistique intermédiaire.

Son aire comprend un grand tiers sud de la France, les Vallées occitanes du Piémont et l’ilot linguistique de Guardia Piemontese en Italie ainsi que le Val d’Aran en Espagne.

L’occitan a été, du Moyen-Âge à l’aube des temps modernes, l’une des grandes langues de civilisation de l’Europe.

Le Boecis, poème sur Boèce est le plus ancien monument littéraire de la langue d’oc, écrit en dialecte limousin au début du XIe siècle. La Chanson de sainte Foy d’Agen est le premier poème narratif roman, publié à la fin du XIe siècle, avant la Chanson de Roland. Le plus ancien traité de grammaire et de rhétorique d’une langue romane fut Las Razos de trobar de Ramon Vidal de Besalú, vers 1200.

Bamordiables

La créativité littéraire de l’occitan restera au tout premier plan européen au Moyen-Âge avec la poésie des Troubadours qui constitue un apport de tout premier plan à la lyrique européenne.

La créativité occitane était au Moyen Âge l’expression d’une civilisation très en avance qui avec des notions comme paradge, accorde la primauté au respect de la valeur humaine sur les structures féodales de la société de l’époque. Cette société, non pas hérétique, mais respectueuse du droit à l’hérésie, fut déstabilisée par la Croisade contre les Albigeois, entre XIIIe et XIVe siècles. Simone Weil a souligné avec force : « L’Europe n’a plus jamais retrouvé au même degré la liberté spirituelle perdue par l’effet de cette guerre » (« L’agonie d’une civilisation vue à travers un poème épique », Les Cahiers du Sud, février 1943).

Cette atteinte profonde à la société occitane, comme l’imposition de la langue française qui s’étendra sur plusieurs siècles, de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) à la Révolution française qui instaura une politique d’éradication d’une langue désormais perçue comme un patois peu propice à la diffusion des Lumières... L’abbé Grégoire soutient alors que « les ennemis de la République parlent bas-breton, les défenseurs de la monarchie et de l’autel parlent basque, ceux qui ont juré la perte de la Révolution parlent occitan » (1794).

Cependant, du XVIe au XVIIIe siècle, la création littéraire occitane continuera de se développer avec plusieurs écrivains importants, un Peys de Garros, un Pèire Godolin, un Joan Giraud d’Astròs, etc.

Frédéric Mistral
Frédéric Mistral

Et, au XIXe siècle, la créativité occitane connaît un renouveau qui placera cette littérature au premier plan. La création, sous l’impulsion de Frédéric Mistral, d'un important mouvement culturel, Le Félibrige, s’accompagnera d’une reconquête de la langue, avec la publication du premier grand dictionnaire moderne, Lou tresor dóu Felibrige et d’une production littéraire abondante et de haute qualité. Frédéric Mistral (1830-1914) obtiendra le prix Nobel de littérature en 1904.

Au XXe siècle, le travail de standardisation de la langue se poursuit : une graphie moins calquée sur les habitudes françaises est mise au point en s’inspirant de l’écriture médiévale et de la normalisation du catalan : en 1935, Louis Alibert publie sa Gramatica occitana qui deviendra l’une des bases de la normalisation contemporaine de la langue.

Un patient travail de réappropriation de l’histoire et de la culture occitane sera accompli durant la seconde moitié du XXe siècle.

Affiche Ome d'Oc - 1968
Affiche de 1968

Dans les années 1960, l’affirmation de la langue occitane s’affirme au centre d’une revendication régionaliste moderne dont le principal théoricien est Robert Lafont avec avec deux essais fondateurs, La révolution régionaliste, 1967 et Sur la France, 1968.

Une création littéraire de tout premier plan se développe sans discontinuer jusqu’à nos jours. Plusieurs écrivains se situent au niveau de la littérature mondiale. En nous limitant aux auteurs disparus, nous pouvons notamment citer : Max Rouquette (1908-2005), Jean Boudou (1920-1975), Bernard Manciet (1923-2005) et Robert Lafont (1923-2009).

Robert Lafont
Robert Lafont

La vie culturelle occitane ne se limite cependant pas à la création littéraire : le spectacle vivant parvient à exister avec des troupes théâtrales toujours actives telles que le Centre Dramatique occitan, créé à Toulon en 1971 par André Neyton, La Rampe, créé par Claude Alranq et qui œuvre depuis 1974 ou encore depuis 1988, la Compagnie Gargamela, animée par Anne Clément.

La musique occitane est remarquablement vivante et féconde : des artistes chantent dans les styles les plus divers, allant de la musique traditionnelle au rock et au rap.


Jan-Mari Carlotti - L'èga d'amor
(Robert Lafont)

Les médias en langue occitane illustrent la vitalité du réseau des occitanophones dans la société contemporaine : revues, maisons d’édition et labels de production musicale, émissions de radio et de télévision, sites et forums sur Internet.

Compil de gardarem la terra

Malgré cette vitalité, l’occitan demeure une langue menacée en raison de l’absence, au sein de l’État français, de dispositions législatives modernes. Le développement de l'occitan ne peut s'appuyer que sur la loi Deixonne (1951) et quelques dispositions administratives n'ayant pas force de loi.

Il est, pour le moins, paradoxal qu’il faille aller au Val d’Aran, en Espagne, pour que l’occitan jouïsse, depuis 1990, d’un statut de langue co-officielle et qu’il soit une matière obligatoire à l’école. On peut encore aller en Italie, dans les montagnes du Piémont ou au fond de la Calabre, pour rencontrer des populations qui dynamisent l’usage de l’occitan en s’appuyant sur les dispositions de la loi 482 de 1999.

En France cependant, les citoyens ne baissent pas les bras : l’occitan est défendu de façon active par des mouvements très dynamiques et inventifs. Des manifestations sont organisées périodiquement et rassemblent des foules de plus en plus importantes de 11 000 personnes à Carcassonne en 2005, 22 000 personnes à Béziers et Arles en 2007. Le mouvement continue…

Tots a Besiers         Per la lenga occitana - Oc

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