Langues d’Europe et de la Méditerranée

Festival des littératures minoritaires 2010

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Art du voyage, Art de la rencontre

Affiche Art du voyage, Art de la rencontre
Affiche du Festival ©Adriana Civitarese

Pour une langue minoritaire, la littérature est la source même du renouvellement de la communauté, la possibilité pour celle-ci de conjurer la nostalgie et de s’ouvrir au rêve, de bâtir des projets pour le présent et pour le futur.

L’équipe italienne du LEM organise une manifestation artistique annuelle, le Festival des littératures minoritaires de l’Europe et de la Méditerranée. Ce Festival, dont la première édition a eu lieu en mai 2009 entre Teramo et l’îlot francoprovençal de Faeto, bénéficie du soutien de l’université de Teramo.

Le thème de cette année – Art du Voyage, Art de la Rencontre, va célébrer le Voyage comme expérience profonde et minoritaire (hypersubjective), l’îlot arberesh de Villa Badessa (Pescara) et la Rencontre en tant que dialogue entre artistes.

La campagne entourant Villa Badessa
La campagne entourant Villa Badessa

Une plasticienne, Adriana Civitarese, nous offre sa vision de Villa Badessa, îlot culturel de la Province de Pescara « Oasis orientale des Abruzzes ». Ces photos pourront inspirer des poètes et créateurs d’une autre minorité linguistique qui nous proposeront leurs textes, musiques, images, vidéos.

Nous construirons ainsi une exposition de photographies illustrées par de brèves interventions présentées dans la langue minoritaire de leur auteur et traduites en italien et en arberesh. Cette exposition sera l’occasion d’une rencontre entre les créateurs des différentes langues. Elle sera présentée à Teramo et sera visible sous la forme d’affiches jalonnant la voie principale de Villa Badessa au moment du Colloque international des Quatrièmes Journées des Droits linguistiques.

Ces interventions, qui pourront être des textes écrits, mais aussi des enregistrements sonores, des musiques ou des chants, des photos, œuvres plastiques ou vidéos, seront en outre présentées en permanence sur le site LEM.

Cette année, la direction artistique du Festival a été confiée à la jeune poète occitane Aurélia Lassaque. Le Festival réunira une dizaine d’artistes invités : des poètes (composant en anglais, catalan, andalou, espagnol, français, galicien, occitan), des peintres, des plasticiens, un vidéaste et une chanteuse.

Les évènements artistiques se conjugueront aux divers temps des Journées des Droits Linguistiques : lectures poétiques à Teramo, exposition de livres d’artiste au musée de Villa Badessa, tables rondes avec les peintres et plasticiens, projection d’un film en plein air.

Ce dialogue entre différentes disciplines artistiques, des images à l’écriture et à la vidéo, à partir d’une matière commune, la réalité de Villa Badessa, construit un réseau de communication et de connaissance fondé sur le désir de création partagée et les différences que chacun de nous porte en lui.

Ce qui se joue dans cette manifestation, c’est la mutuelle reconnaissance des différentes communautés linguistiques entre elles et leur ouverture à un monde sans frontières.

La « Majella madre » vue de Villa Badessa
La « Majella madre » vue de Villa Badessa

Le diaporama présenté ici est l’œuvre d’une plasticienne, Adriana Civitarese, qui s’est inspirée de l’atmosphère de Villa Badessa. Nous proposons que cette œuvre soit utilisée comme point de départ pour votre création, inspirée par l’ensemble du diaporama ou par telle ou telle image (dans ce cas, indiquez le numéro de l’image qui vous a inspiré).

Nous vous invitons à nous faire parvenir votre création au moyen du module de dialogue en ligne placé sous le diaporama.

Dans le cas où vous désirez intervenir par un texte, dialogue, prose ou poésie, nous vous invitons à nous transmettre une version dans votre langue avec une traduction dans la langue de communication que vous utilisez, anglais, français, espagnol, italien ou autre.

Les œuvres retenues, dont la propriété restera à l’auteur et sera protégée, seront présentées dans une exposition d’affiches (où les textes accompagneront les images) qui jalonneront la voie principale de Villa Badessa à partir du 20 mai 2010, et seront exposées en permanence sur le site LEM. Tous les textes seront accompagnés d’une traduction en arberesh et en italien.

Pour participer à cette exposition, vos textes, accompagnés d’une traduction en italien, devront être expédiés en utilisant le formulaire ci-dessous au plus tard le 30 avril 2010.

Diaporama

Pour mettre le diaporama en pause, cliquer sur le n° de l'image (0 / 20)

 

Vos créations

puce Aubada per abeurar
par Jean-Christophe DOURDET, écrit en occitan limousin sur la (les) photo(s) n° 12
- le 5 mai 2010
Fin assedrat
Un brau se vòu abeurar.

Dòna vacha
'lai-sus endrucada
lo vei arribar.

"Sénher brau
me voletz enjaular
en beure l'aiga jovencèla ?
Me chantaretz prumier
quauqua aubada
que sapche quant vos pòde presar."

Lo brau de s'esbramelar
li conta aubada,
aubada que ne'n chaba pas.

"A ! "de ton aubada, ne'n fau cas."
Deman nonmàs t'abeuraràs
qu'aiàs mai de manieras",
e lo brau de s'entornar.

Aitau son las vachas
que vòlen pas laissar 'nar
beure los braus,
"despiechairas".

Traduction :

Aubade pour abreuver

Franc assoifé
Un taureau désire s'abreuver.

Dame vache
là-haut perchée
le voit arriver.

"Monsieur taureau
vous souhaitez me flatter
en buvant l'eau de jouvence ?
Vous me chanterez d'abord
quelque aubade
que je sache combien je peux vous estimer."

Le taureau se met à meugler,
lui conte aubade,
aubade qui ne finit jamais.

"A ! "de ton aubade, je me moque."
Demain seulement tu reviendras t'abreuver
quand tu auras appris les manières",
et le taureau de s'en aller.

Ainsi sont les vaches
qui ne veulent pas laisser aller
boire les taureaux,
"déceveuses".

puce La cagolha dau ciau
par Jean-Christophe DOURDET, écrit en occitan limousin sur la (les) photo(s) n° 6
- le 5 mai 2010
Penchenada de ciau
'Na cagolha s'acocona
contra lo beu fau
per li chatinglar
las broschilhas.

De sas vimzelas
'tertant de pautilhas
lo beu fau
enlerta la cagolha
amont dins lo ciau.

Lo celestiau
aitau encagolhat
brechat de gotilhas
'tertant d'estelas
se fai nais de cagolhas cosmicas.

Traduction :

Peigné de ciel
un escargot se blottit
contre le grand hêtre
pour lui chatouiller
les brindilles.

De ses rameaux
autant de petites pattes
le grand hêtre
envoie l'escargot
haut dans le ciel.

L'astrée
ainsi escargotée
couverte de petites gouttes
autant d'étoiles
devient source d'escargots cosmiques.


puce ...
par Aurélia Lassaque, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° Photo 12 (13/20)
- le 3 mai 2010
Lo dieu d’oblit
Als braces trencats
A esposada la nuèch
En rauba d’estanh.
Aital nasquèt un païs
Perdut a l’entrelutz.


Traduction :

Le dieu d’oubli
Aux bras tranchés
A épousé la nuit
En robe d’étain.
Ainsi naquit un pays
Égaré au crépuscule.

puce ...
par Aurélia Lassaque , écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° Photo 9 (10/20)
- le 3 mai 2010
La peira dorm
Dins lo secret de la terra.
E canta
Quand los òmes
Quand las bèstias
Fregan son còs pastat
Pels divertiments del temps.



Traduction :

La pierre dort
Dans les secrets de la terre.
Et elle chante
Quand les hommes
Quand les bêtes
Frôlent son corps pétri
Par les divertissements du temps.

puce ...
par Aurélia Lassaque, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° Photo 5 (6/20)
- le 3 mai 2010
L’aubre tissa sa tela
A l’òrle de las sasons.
Lo temps bala,
Lo temps prigond,
E se perd dins sa quita ronda.

Traduction :

L’arbre tisse sa toile
A la frontière des saisons.
Le temps danse,
Le temps profond,
Et se perd dans sa propre ronde.

puce Luna melosa, luna migrosa
par Vincent FORNIAU, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° N° 4 (= 5/20)
- le 2 mai 2010

Luna melosa, luna migrosa
Luna sason

Coma luna leugiera

Luna nòra

Luna nòvia

Luna jòvanta

Me faguèri picar per tu luna cauda de las telas

linge adobat de la nuech que me faguèri convidar

lunatier a la nòça dins lo jorn que flaqueja

mentre que monta luna

Fasia brun

Calabrunejava millaluna

Luna de se dire luna

Luna, lua, luna

Luna dins l’espandit del negre

Luna doman, luna arser

Luna bladada

Luna que ses luna

Luna espanida

Que luna escartes lo temps

davales per carrieras

contranòvias de la luna

l’i anirem per aquelas sendarelas de lum

viatgejar per la divessa aus braces diafanes

dins lo ciel desconegut, per pitas còlas

de parlaires de las pausicions de la luna

e mai temptar una conversa amb ela

contunhar quela longa frasa

dins la seda jauna daus murmes

doman, coma sarà la luna ?

Luna pomada

Luna esparada

Luna calelh del falcon

Luna sabròla qu’esbana lo jorn

S’era enmalida la luna !

Luna clucada

Luna frenida, demorar

Traduction :

Lune de miel, lune soucieuse

Lune saison

Comme lune légère

Lune bru

Lune épousée

Lune propice

Je me suis fait piquer par toi lune chaude des toiles

linge assemblé de la nuit oui je me suis fait convier

lunaire à la noce dans le jour qui faiblit

pendant que lune monte

Il faisait sombre

Mille lunes en crépuscule

Lune de se dire lune

Lune lune lune

Lune dans l’immensité du noir,

Lune demain, lune hier soir

Lune des blés

Lune que tu es lune

Lune sevrée

lune que tu écartes le temps

et descendes dans les rues

demoiselles de la lune

nous irons par ces sentes de lumière

voyager pour la déesse aux bras diaphanes

dans un ciel inconnu, par petits groupes

de connaisseurs des positions de la lune

et tenter même un dialogue avec elle,

continuer cette longue phrase

dans la soie jaune des murmures,

demain, comment sera la lune ?

Lune ronde

Lune claire

Lune lampe du faucon

Lune pointue qui écorne le jour

Elle s’est agacée la lune !

Lune obscurcie

Lune pâle, demeurer






puce Le tràje tòppe
par PASTORE NICOLA, écrit en francoprovenzale di faeto sur la (les) photo(s) n° 19
- le 30 avril 2010
A-gn-atte ‘na tòppe, che gli-étte trì bèlle
é ‘n’ate dìje che la fante da sentenèlle,
é pìje dé Prazzùnne a-gn-à lu ràje
che pe nusse a-étte frare, mare, seràue é pàje,
a-étte Faìte sti ràje, se sa
che a tutte lò cartìje i vinte numenà.

A-gn-à lu Sandìlle che a-étte la furtézze
che ne dénne fòreze é securézze,
a-gn-ante tutte fiùre, róse è vióle
abbiànne da la Fóce anzìje a Nióle,
da Sante Uìte a le Palà,
da Revettiélle a Funtàna Ciuà.

A premavére, óh cante bé scéje!
i ciantùnte de giuóre è avóje de néje!
Óh cante ciuóse i tinte sti terrìnne:
l’àrje, les éje, lu mengìje è lu siére tuttuàje serìnne!
A tutte le banne se sinte ciantà,
a-gn-à l’armunì pe ciàche cundrà!

Traduction :

Le tre vette

Vi è una vetta che è troppo bella
E altre due che le fanno da sentinella,
ai piedi dei Perazzoni vi è il re
che per noi è fratello, madre, sorella e padre,
è Faeto questo re, si sa
che in ogni parte è nominato.

Vi è il Sandillo (Monte Cornacchia) che è la fortezza
Ci dona forza e sicurezza,
vi sono fiori, rose e viole
iniziando dalla Foce fino a Niola,
da San Vito alle Palate
da Rovitella e Fontana Cavallo.

In primavera, oh quanti uccelli!
Cantano di giorno e anche di notte!
Oh quante ricchezze possiede questo paese:
l’aria, l’acqua, i sapori e il cielo sempre blu:
in ogni dove si sente cantare,
regna l’armonia in ogni contrada!

puce STILL LIFE
par Felip Costaglioli, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 1
- le 28 avril 2010
La font
ha agafat

la flama
per la mà


La casa
sense principis
I
La casa
sense fi
s’estan cremant

i tu
m’obres

les persianes
del mar

Somrius
i portes

un barret
d’ocells ferits

Tanca
Tanca els ulls

Em dius

i mira

Ara
et donaré

l’arrel
de les onades.

Traduction :

STILL LIFE

The spring has held the flame by the hand the house with no beginning
and the house with no end are burning
And you are opening for me the shutters of the sea
You are smiling you are wearing a crown of broken birds
Close close your eyes you say and look
I will now give you the roots of the waves.


puce REQUIEM DE BUTXACA
par Felip Costatglioli, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 19
- le 28 avril 2010
Solitud

la meva petita
controvèrsia

una mica de terra
creixent-me

sota l’ungle

I ara
de tots els vianants
el més lent i feixuc

dins un quadern
de cendres jo

apunto i m’invento
una família de pronoms

síl.labes d’or d’aire
i de sang


Oh l.letania pels pobres !

Traduction :

REQUIEM DE POCHE
Solitude ma petite controverse un peu de terre qui pousse sous mon ongle. Et maintenant de tous les passants le plus lent et pesant dans un carnet de cendres
je note et je m’invente des syllabes d’or d’air et de sang.
Oh litanie pour les pauvres !

puce OBRIR LA CAMBRA, CANVIAR DE CAMP
par Felip Costatglioli, écrit en catalan sur la (les) photo(s) n° 2
- le 28 avril 2010
Està ploguent
ploguent sobre el meu camp

Dolces síl. Labes
de buit i de bardisses

Absència Absència !

El meu retrat aquí
el tens ! De vegades
dolç fil d’alè o un niu
explotat
també una foto
mastegada que se’t
dissol sota la llengua.

Traduction :

It’s raining raining on my field. Sweet syllables of void and brambles.
Absence Absence!
Here is my portrait sometimes sweet thread of breath or a nest with a hole.
Sometimes also a picture chewed chewed and disolved under your tongue.

puce AMNÈSIA A L’HORT
par Felip Costatglioli, écrit en catalan sur la (les) photo(s) n° 14
- le 28 avril 2010
Aquell dia va dir ell
em vaig casar sí
amb un llimoner
Era un dia de boira
I fang.

Era el mil nou cents seixanta quatre
o era ahir no l’any passat
o potser mai o fa un parell d’hores ?

Només vull recordar l’empenta i
la gracia de la branca nua oh
no diguis res calla sí olora i llepa
llepa als meus dits una sang lluent.

Veus em dius
l’obscenitat aquí séria no creure
en la violència i justícia
del teu bes.

Traduction :

AMNESIA IN THE ORCHARD

Once he said once I married a lemon tree. It was a day of mud and mist. Was it in nineteen sixty four last year never yesterday or just a few hours ago ?
Oh all I can remember is the grace and the strength of a naked branch.
Oh don’t you talk you said just smell and lick the thin blood of off my fingers
since don’t you see the only obscenity would be not to believe
in the violence and justice of your kiss.

puce Nòstres soms
par Domenja Decomps, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 19
- le 26 avril 2010
Nòstres soms

Chanta, en plaça de sundir !
Non, las nuechs son pas per durmir
Nòstres soms trauchan las cledas.

Quau talent dins tas amors ?
Rideu consent, rires falords,
Dires desfachs, longtemps credats.

Belas naus, velas valentas
Portatz novelas plasentas ,
Jauziments per còrs assedats.

Traduction :

Nostri sogni
Canta, invece di lamentarti!
No, le notti non sono fatte per dormire.
I nostri sogni bucano le siepi.

Quale intenzione negli amori tuoi?
Tendina complice, risi pazzi,
Parole disfatte, a lungo gridate.

Belle navi, vele valenti,
Portate notizie piacevoli,
Godimenti per cuori assetati.
(trad. R. Toscano)



Nos rêves
Chante au lieu de te plaindre !
Les nuits ne sont pas faites pour dormir
Nos rêves traversent les barrières.

Quelle intention dans tes amours ?
Rideau complice, rires fous
Dires défaits, longtemps criés .

Grands voiliers, voiles vaillantes
Apportez de plaisantes nouvelles,
Jouissances pour cœurs assoiffés.




puce Se’n son anats
par Domenja Decomps, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 12
- le 26 avril 2010
Se’n son anats

An tot begut, an tot barrat,
dempuei fòrça temps se’n son anats
Barrat en clau l’ostau resista, nafrat
Peira per peira las sasons ondran lo temps, nonmàs.

Traduction :

Se ne sono andati

Hanno tutto bevuto, hanno tutto chiuso,
Da lungo tempo se ne sono andati
Chiusa a chiave la casa resiste, ferita
Pietra a pietra le stagioni ornano il tempo, niente di più.
(trad. A.-M. Matteodo)

S’en sont allés

Ils ont tout bu, ils ont tout fermé,
Depuis très longtemps s’en sont allés
Fermée à clé la maison résiste, blessée
Pierre à pierre les saisons décorent le temps, sans plus.



puce Vitas esbolhadas
par Domenja Decomps, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 10
- le 26 avril 2010
Vitas esbolhadas

Vitas voidas per dalhar
Chaitius ostaus esbolhats
Lo temps a ben tròp rit
De vòstras anmas vivas
Lo temps vos a pas pro maimats
e nosautres chaitius borrins
avem oblidat de vos aimar.

Traduction :

Vite in rovina

Vite svuotate da falciare
Povere case in rovina
Il tempo ha fin troppo riso
Delle vostre anime vive.
Il tempo non vi ha abbastanza accarezzate
E noi, povere polveri
Ci siamo dimenticati di amarvi.
(trad. A.-M. Matteodo)


Vies en ruines

Vies vidées à supprimer
Malheureuses maisons en ruines
Le temps a bien trop ri
De vos âmes vives
Le temps vous a trop peu caressées
et nous, pauvres poussières
nous avons oublié de vous aimer.



puce Lum per deman
par Domenja Decomps, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 3
- le 26 avril 2010
Lum per deman

Fugís lo ciau preissat, bufan las auras aborivas
Laissan ren mas frejuras blavas, e ton còr arriba d’en degun luec.
Lor demande que te balhessen un pauc d’eime, un ren d’alen, una ala de nuech,
Una pòrta de secors
Per avesar l’amor.
Tuaràs lo lum deman.

Traduction :

Luce per domani


Se ne va il cielo frettoloso, soffiano i venti mattutini
Lasciano solo freddure bluastre, e il tuo cuore giunge d’alcun luogo.
Chiedo che ti diano un po’ di genio, un soffio di vita, un’ala di notte,
Un’uscita di sicurezza
Per avvicinare l’amore.
Spegnerai la luce domani.
(trad. A.-M. Matteodo)


Lumière pour demain
S’en va le ciel pressé, soufflent les brises levées tôt
Ils ne laissent que froidures bleues, et ton cœur arrive de nulle part.
Je leur demande qu’ils te donnent un peu de génie, un rien de souffle, une aile de nuit,
Une porte de secours
Pour apprivoiser l’amour.
Tu éteindras la lumière demain.





puce Cara terra, se ti
par Ranalli Giancarlo , écrit en italiano sur la (les) photo(s) n° foto 5, dia 6/20
- le 26 avril 2010
Cara terra, sei un mistero.

Se ti guardo, mi stupisci
se ti annuso, ti conosco
se ti giro, tu rinasci
se ti bagno, mi alimenti
se ti calpesto, ti solletico
se ti brucio, ti addormenti
se ti bacio, non tradisci
se ti pungo, reagisci.

Hai memoria, cara terra
Aspettami, un giorno sarò tuo.

puce A occhi chiusi, vedo
par Ranalli Giancarlo, écrit en italiano sur la (les) photo(s) n° foto 10, dia 11/20
- le 26 avril 2010
A occhi chiusi, vedo...
l'aria che ci avvolge
l'acqua che penetra
il sole che ci scalda
la terra che trema-

A occhi chiusi, vedo...
il vento sulle labbra
il sudore sulla fronte
le rughe sulle mani
la polvere tra i capelli.

A occhi nudi, vedo...
la chioma degli ulivi
i tronchi ripiegati
il silenzio naturale
lo spazio confinato,

finalmente, a casa!

puce Reccùorde de 'nfan a la bruattàue fire n°11 - Ricordi d'infanzia all'abbeveratoio.
par Tangi Silvano, écrit en francoprovenzale di celle di san vito sur la (les) photo(s) n° N° 11
- le 25 avril 2010
Decchìre me séve pettije me reccorde, a Cèlle de Sant'Uite, se pùrtavànte lo sanemà a la bruattàu a lo fà bajere.
De le vàje o succedìve che le giumménte, lo ciuà se prignavànte pàue pe càche ciuòse mé spìsse la remmàue de lo pìje nghiòcche le piére; addùnche lu pattrùn do lu bùn e la pasiénze lo facìve calmà avòje do un fìsche parteculàre e càlm lo nvetave a bajere, tucciàn avoie do la màn l'éje pe demustrà che éve nà ciùosa bùne, do si mòde de fà che i resàglive a vénchere la pàue de le béte, resagliàn a lo fà bajere.

Traduction :

Quando io ero piccolo mi ricordo, che a Celle di San Vito, si portavano gli animali all'abbeveratoio a farli bere.
Delle volte capitava che i cavalli si spaventavano per qualcosa, più spesso il rumore degli zoccoli sulle pietre; allora il padrone con le buone maniere e pazienza li faceva calmare anche usando un fischio particolare e calmo, invitandoli a bere e toccando anche con la mano l'acqua per dimostrare che era una cosa buona,
con questo modo di fare che riusciva a vincere la paura degli animali, riuscendo così a farli bere.

puce ...
par Aurélia Lassaque, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° Photo 2, 3/20
- le 25 avril 2010
Seguir l’ausèl detràs las lèrmas del cèl,
Esperar la nuèch e culhir de flors aconsomidas
Per cantar cada jorn dins una lenga als dets mòrts.


Traduction :

Suivre l’oiseau à travers les larmes du ciel,
Attendre la nuit et cueillir des fleurs endormies
Pour chanter chaque jour dans une langue aux doigts morts.

puce L'aubre de vida...
par Aurélia Lassaque, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° photo 1, 2/20
- le 25 avril 2010




L’aubre de vida
semena d’ondadas d’ausèls cabords
que, dins lo blau traucat del cèl,
desplegaràn sos sòmis a bèla alada.






Traduction :

L’arbre de vie
sème des flots d’oiseaux fous
qui, dans le bleu troué du ciel,
déploieront ses rêves à tire d’ailes.

puce La paret nusa d'anglòras
par Bruno PEYRAS, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 9
- le 22 avril 2010
La paret nusa d’anglòras
Venguèt camin
Un solelh gris nasquèt
Dins sos plecs.


Traduction :

Le mur nu de lézards
Devint chemin
Un soleil gris naquit
Dans ses plis.

puce Zëri Mëmës
par Di Chiara Fiorella, écrit en arbëresh sur la (les) photo(s) n° 9,15,20
- le 20 avril 2010
Pranë mua
cë inja vasarella
kur u flinja
ishë sitë
cë më ruain
ishë gasi
cë bëna qeshnja
ishë dora
cë më mesoi udhan.
Nanì
cë jam grua
kudonga veta
pranë mua
ishtë një kanzun
zëri mëmës.

Traduction :

La voce di mia madre

Intorno a me
che ero bambina
quando dormivo
era uno sguardo
protettivo
era un sorriso
rasserenante
era la mano
che mi insegnava la strada.
Ora
che sono donna
ovunque vada
intorno a me
è una canzone
la voce di mia madre

puce V
par Laia Noguera i Clofent, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 4
- le 17 avril 2010
Rotunditat. La nit.
Les ombres subterrànies.
Les ombres perforades.
Aquesta gran immensitat
del buit.

puce IV
par Laia Noguera i Clofent, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 18
- le 17 avril 2010
La no-llum, el no-camí.
El sí cosificat en aquesta
cosa immensa.

Les cases al fons de la mirada.
Les parets d'entre les mans.
Els núvols endinsats.

La gran constatació.

puce III
par Laia Noguera i Clofent, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 9
- le 17 avril 2010
I en el camí, les extensions.
Amunt, endins.
A dins de tot, com una pedra.
Aquella pedra entre les fulles.
Tot sempre el mateix sí,
la mateixa paraula.

puce II
par Laia Noguera i Clofent, écrit en català sur la (les) photo(s) n° 16
- le 17 avril 2010
Mirar a través.
L'esguard en l'esguard, en l'altra banda.
El mirall que conté totes les coses.

Així l'home va dir i es va aixecar,
va aixecar-se cap amunt i tocava les coses
amb els ulls.

Mirar a través, sense mirada.
A l'altra banda hi ha el mirall.
Els ulls ho sostenen.

Així l'home que s'aixeca,
les paraules com un ull contra
l'aire, contra el món.

L'esguard sense l'esguard,
en l'altra banda.

puce I
par Laia Noguera i Clofent, écrit en català
- le 17 avril 2010
Parlar de no parlar,
del buit de cada cosa,
del buit de dintre
de cada petita vibració.

puce Sai, vorrei essere come l’uomo del casolare...
par Claudio Salvagno, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° photo 9 (10/20)
- le 17 avril 2010
Sai, vorrei essere come l’uomo del casolare
che la domenica scende in paese e comprato il pane
risalga lassù, dopo essersi appoggiato alla porta
guardi giù la vita scorrere,

oppure come l’uomo che arrivato con la corriera
attraversato la piazza, entri dentro il bar e si sieda
senza sapere una sola parola di dialetto

e penso alla donna che dalla finestra guarda
i colori d’ottobre, la neve imbiancare la displuviale
e chiusa dentro il marmo puro della carne
tiene ferma nella sera la sua idea d’amore.

Credo che ci siano luoghi dove la terra generi ancora;
grotte gonfie d’acque che aspettano secoli prima d’uscire al sole,
miniere di talco dimenticate, dove un soffio di vento
entrando faccia sospirare la pietra,
gerbidi abbandonati, prigionieri dei rovi, dove un suono
di passi sul sentiero lontano faccia tremare il prato
nel ricordo della mietitura.

No, non aspetto la stella della sera
che mi consoli come un bambino. Ma solamente
mi chiedo il perché continuo a cercare
e in così tanto spazio
non trovo un luogo dove aver risposta.

***

Sas, volario èsser coma l’òme dal teit
que la diamenja cala en vila per ‘chatar lo pan
e après remontat chappui, ferm sal lindal
gacha chapval fremoliar la vida,

o coma l’òme que arrubat en corriera
traversat la plaça, rintrat dedins lo bar
se ‘seita e comanda
sensa conóisser ‘na soleta paraula de patuà,

e penso a la frema que a la fenestra gacha
colorir octobre, la neu esblanchar la sea
e après, aviscat lo fuec, s’enfonga ent la sera
barraa dedins la sia idèa d’amor.

Creo que i sie de luecs ente la terra encara congrea ;
barmes enfles d’aigues que ‘tenden siecles per salhir al solelh,
mines de talc dermentiaas, ente un buf d’aura
en rintrant faguen sospirar la peira. Pasturais abandonats
prisoniers di verroç, ente après ‘na ramaa de plueia
vòutz sal viòl dalònh, faguen mai tremblar la florida
al solet remembre dal dalh.

No, ‘tendo ren l’estela de la sera
que me sòuvre coma ‘na meinaa. Mes mec
me demando ente m’esperdo
e qu’es aquò que continuo a cerchar
e perqué dedins a tant d’espaci
tròbo ren un luec ente aguer respòsta.

(Trascripsion en grafia clasica per Jean-Michel Effantin)

puce AL VAM DEL A.
par Pèire VENZAC, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 2
- le 10 avril 2010
20 de març de 2010
Al vam del A.

Escotatz estant que lo temps tant e mai tampa als nòstres timps del dedins dels nòstres fials , a tots, e a las pòrtas las nòstras tengudas tibadas.
Adonc ièr ieu existiá liura alen encara Lilià e adara que m'escranca al branc e cèrni los patrimònis d'aquel betum emai nisa la bulla. D'Aigats viatjam de bugas Krakatoencas dusc'a aquela pura paret de bura blava. Orquidacèas! Ordinari del A., A. del monde.
Anem nisada d'aucèls amassa que sèm.
Agachatz aqueles viatges que nos balhan vidas e voïdes. De la polsa a la posca. E al delai d'aicí per mai res . E res mai d'ailà pel delà.
E ediu del A. al delà d'èla.
Escotatz anirem del A. al vam del monde.
Lilià Dorbel / Pèire Venzac

Traduction :

Au souffle du A.
20 mars 2010

Ecoutez étant donné que le temps tire tant et plus le rideau de nos tempes au dedans de nos nerfs, pour nous tous, et jusqu'aux portes de nos habitats tendus.
Ainsi hier j'existais libre et Liliane encore haleine qui maintenant m'éreinte aux branches, passe au tamis les patrimoines de ce béton-là et niche la bulle même. De Grandes Eaux nous voyageons de nuées en Krakatoa jusqu'à cette pure paroi de bure bleue. Orchidées. Ordinaire du A., A. du monde.
Allons ensemble, nous sommes nichée d'oiseaux .
Regardez ces voyages qui nous donnent vies et vides. De la poudre à la poussière. Et au-delà d'ici pour autre chose. Et plus rien pour au-delà.
Et seulement du A. au-delà d'elle.
Ecoutez, du A. au souffle du monde, nous irons .

Lilia Dorbel / Pèire Venzac


puce DI CA
par Leonardo Antonio Di Chiara, écrit en arbereshe sur la (les) photo(s) n° 4, 5, 7
- le 10 avril 2010
Oh qiagh u dridham di ca
Na sot bashkë aktu
E i çë shkon njetrë vit
Oh qiah u dridham di ca
Oh hor u kët ndaham
E më dëshpëqën di ca
U nadaham e të pënxonj
U ndaham pët lëbëronj zëmbran

U ikinj e kët të lë
E brënda mua gjaku ghavat
E më shtin jashtë ka ti
E më dëshpëqën di ca
Ndësa një ditë turnonj ka ti
Na bashkë ma qiaghi e ma eran
Lomi a bala bashkë
E varsat ma trimat qeshnjan ma ti

Traduction :

Un po’
Oh cielo io tremo un po’
Noi oggi qui insieme
E sta per terminare un altro anno
Oh cielo io tremo un po’
Oh paese io devo partire
Io parto e ti penso
Io parto per liberare l’anima
Io scappo e devo lasciarti
E dentro me il sangue impazzisce
Mi spinge lontano da te
E mi dispiace un po’
Se tornerò un giorno da te
Noi insieme con il cielo ed il vento
Balleremo
Le ragazze e i giovani rideranno con te

puce VILLA BADESSA EN´UNA DELIQA MANIANA
par Pistor Prius, écrit en andaluz sur la (les) photo(s) n° 9
- le 10 avril 2010
Eqqondía entre la niebla,
se lebanta la maniana,
entre fanegaa d´oruqee,
preniaoo d´anioransaa,

Suu tronqoo retorsioo,
a loo qampoo s´agarran,
en´un eterno abraso,
de sangre, suó i lagrimaa.

A´eyoo le qanta er biento,
qoplaa d´amó i nottarxia,
i eyoo dansan un baile,
qon suu ramaa emmerarda.

Ofresiendole suu frutoo,
ar dió de la epperansa,
en´una biexa molina,
una deliqa maniana.

Traduction :

VILLA BADESSA EN UNA SUAVE MAÑANA

Escondida entre la niebla,
se levanta la mañana,
entre fanegas de olivos,
preñados de añoranzas,

Sus troncos retorcidos,
a la tierra se agarran,
en un eterno abrazo,
de sangre, sudor y lágrimas.

A ellos le canta el viento,
cantos de amor y nostalgia,
y ellos ejecutan un baile,
con sus ramas jaspeadas.

Ofreciéndole sus frutos,
al dios de la esperanza,
en un viejo molino,
una suave mañana.

puce A´ONDE ETTEE YO IRE A REQOXERTE
par Pistor Prius, écrit en andaluz sur la (les) photo(s) n° 10
- le 10 avril 2010
En requerdo de Cesare Pavese (1908-1950)

Te segí
der só atta laa sombraa,
i baxe
qontigo a loo infiennoo,
diambule
entre lisiaoo i muertoo,
i subí
de tu mano atta er sielo.

Yo no se
onde ettaa o t´aa io,
si m´eppperaa
en´er sielo o´el infienno,
a´onde ettee
yo iré a reqoxerte,
pá xuntarme
qontigo en loo sieloo.

Traduction :

A DONDE ESTES YO IRE A BUSCARTE

En memoria de Cesare Pavese (1908-1950)

Te seguí
al sol y a las tinieblas,
y bajé
contigo a los infiernos,
caminé
entre heridos y muertos,
y subí
de tu mano hasta el cielo.

Yo no sé
donde estás o has ido,
si me esperas
en el cielo o el infierno,
a donde estés
yo iré a buscarte,
para reunirme
contigo en los cielos.

puce PENAA YO TENGO EN´EL ARMA
par Pistor Prius, écrit en andaluz sur la (les) photo(s) n° 17
- le 10 avril 2010
PENAA YO TENGO EN´EL ARMA

En´er querpo tengo penaa,
penaa yo tengo en´el arma,
i maa penaa oi yo siento,
pó no podé bé tu qara.

Qarita de tersiopelo,
porqe a mi me martrataa,
qlabándome tuu punialee,
en lo maa xondo del´arma.

Pena yo tengo en loo soxoo,
penita tengo en´el arma,
i maa penita yo siento,
quando paseaa tu grasia.

Grasia qe yo no diffruto,
i´a otroo se la regalaa,
mientraa q´a mi no me daa,
ni tan siqiera laa grasiaa.

Traduction :

TRISTEZA TENGO EN EL ALMA


Tristeza tengo en el cuerpo,
tristeza tengo en el alma,
y más tristeza yo siento,
al no poder ver tu cara.

Carita de terciopelo,
porque a mi me maltratas,
clavándome tus puñales,
en lo más hondo del alma.

Tristeza tengo en los ojos,
tristeza tengo en el alma,
y más tristeza yo siento,
cuando paseas tu gracia.

Gracia que yo no disfruto,
y a otros se la regalas,
mientras que a mi no me das,
ni tan siquiera las gracias.

puce Et tenebrae eam non comprehenderunt
par Joan Peire Belmon, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° toutes
- le 9 avril 2010
Jornau retrobat dins lei papafarts dau professor Robert Landgon après son suicidi a l’espitau dei mats de Chieti.

Divendre 19 de març

L’ivern se fai tardier. O puslèu es la prima que quita pas de tarnassar. Lei promieras moscas blancas a cima deis ametliers s’escafan dins lo gris dau cèu. Un nivol bas encapitela lo Gran Sasso. Dins un parèu de jorn, sarà la prima. Tot es simbole. La vèitura de locacion que prenguèri tre davalat sus aquesta terra benesida d’Italia rondina com’un cat mai lei traucs de la rota fan tremolar lo dictafona pausat sus lo sèti d’a costat. Fau dire qu’ai laissat lo camin grand per endralhar un marrit quitran que serpenteja au mitan dei vergiers d’oliviers. Enfin, lo vilatge. D’ostaus bas, quasi de cabanas. Plou. O puslèu non ! Blesinha. Una mena de garbin imoros fai lusir lo pavas de la carriera granda coma moissalha d’amaressa. Siau en chancela. Chascun se chausis son païs, lo motle a sa desirança. M’acontenteri ieu de recampar ço qu’era esparpalhat.
D’annadas que camine dins le peadas d’un memoria perduda. Perduda ? Puslèu escafada. De Boston a Sacramento, de la calor pegosa dau bayou ai matins clars de l’Oregon, piste lei vielhs per tirar de sei memorias abenadas leis ultimas paraulas de ço que i’an viscut, de ço que i’an fach passar sei reires quand sus sei ginolhs, ié parlavan dei reire de sei reires. Lo patrimoni imateriau come dison ara qu’es materia promiera de mei cercas. Ço que, sensa se n’avisar, maudespieg sei vidas estraçadas per l’exilh doble, carrejan au trefons de sa memoria. Mestre de maieutica. Fontanier ! Ai meme apres sa lenga e me vaqui, au fin bot de la rota, dins aqueste vilatjon perdut bacelat per lo vent que bofa d’Adriatica.
La nuech es desenant sarrada. La bisa fai dansar la lutz que plou dei lampadaris publics coma la d’un calèu. Lo nivol cavala de seis ombras. Sola, a l’estanci, una fenestra dessenha un carrat long de lutz segura. Quau resta darrier, aparat per lei barris espès de l’ostau ? Quala familha es recampada a l’entorn de la taula ? Qual ome se gausis leis uelhs sus un libre vielh ? De que se dison a la chut-chut, aqueleis estrangiers mei fraires ? Me pren lo vertigot de solament sonjar qu’aici, lei rasigas fonsas de l’istoria noirisson encara de borrons primachous au fin bot de la branca. Lux lucet totjorn in tenebris.

Dissabte 20 de març

Marseja. Aqueste matin, quand siau sortit de l’ostalaria, lo nièu corria totjorn, tanto nivol, tanto clar, de la mar ais Abbruzzes. Eiçamont, luenh dins lo cèu, un parèu d’aiglas emplanavan, imperiaus. Me devinave a son aplomb, escaralhat entre orient e occident, la memori e l’oblid, l’abandon de mei cercas e lo bot dau camin. Tota la nuech, dins lei lençous espes que n’en sentissiau lo grum contra ma camba nusa, ai virat e revirat com’un porc malaut. Porc ! Ai dich porc de bataria, pas la trueja que fila lei sabers oblidats. Ai ben trop manjat aièrs de sera. E pièi lo vin incarnadin que balava dins lo got. Lo liech arnescat de ferre gençava cade cop que chanjave mon cadabràs de plaça. Leis uelhs duberts, espiave l’escurina. Enfin, un blau sale ponchejèt a la fenestra. Tot era gris.
Empassat lo cafè, m’avastère dins l’esmarador dei carrieras e dei campanhas. I’a de matins que la luciditat es mai poderosa que totei lei drogas. La transparencia de l’aire dessenhava lei regas rectilinhas d’un abèurador. Ostau ai contra-vents barrats. Fum fort de la terra apres la pluèia. Trèva esconduda dins qu’un nivol coma d’un tablèu pre-rafaelita. Resson aluenchat dei votz d’omes d’un cantica ortodox. Mai es que l’ai de bon entendut ? Es qu’es mon imaginari que vou pintar aqueste pais ai colors de farfantela dei dires agamotits qu’ai laissat pausar dins ma closca coma la lima au trefons dei mars segondarias ? Lo païs dins son espès de temps enqueirat.
Lo relotge marcava vonze oras vint e cinc quand intrere enfin dins la glèisa que senhoreja au mitan dau vilatge. Ges de torista dins aquela prima mau segura per venir badar lei septanta cinc iconas bizantinas que dorman dins la calama d’un escart escondut onte segur fau s’acampar a bel espèci, pelerin coma ieu vengut deis Americas. De viatge lassa, s’era aplantada aici, la odigitria madonna, aquela que mostra lo camin. Un camin que despièi d’annadas m’afane de seguir au debanar dei racontes d’emigrants desgrunats a l’azard d’un païs forastier. Lo secret de l’icona dins l’iscla s’escondia dins l’umilitat d’aquela glèisa miraclanta qu’avian dreiçat a son entorn quand refusèt de caminar encara. En vuech generacions, lei detz a set familhas de l’origina avien fach soca e portavan, chascuna dins son canton, un pauc de poussa de la veritat promierenca. Mai era ailà, de l’autra man de la mar granda, qu’aviau lo bèu promier tirat l’escanha : tot pièi avia debanat.
A mal aise ! Mon ventre m’abadonava, cavava un grand vueje que me tirava vers lo bas. « La madonna que mostra lo camin ». Una icona, aquo’s pas fach per badar, es fach per entendre. Entendre un paraulis que remonta de la nuech de l’istoria, dei temps « d’antica bonomia ». S’amata aici, la paraula perduda e l’agach de la madona a l’enfant me questiona sus lo perqué de ma quista falorda. Una majer paur nosa ma budela. Ai lo bomi. Me fau sortir. Deman, es lo printemps.

Dimenge 21 de mars.

Prenguere un sedatiu per faire bona nuech. Mai es penos se desperpelar quand sortas d’un grand trauc. De que sembla mai a la mort qu’aquesta absencia sens pantais. Tot pareisse fosc e pamens, ai un apontament ambe l’istoria, mon istoria. Figuras negras dins lo matin, de vielhi s’en an a l’offici. Co qu’ai cresegut de vèire aièrs subran me nega de seis indolibles, m’aclapa a pus bolegar. S’ai varalhat tot lo tantost dins lo campestre, es qu’una porta s’es duberta dins l’escurina de la glèisa e la lutz que n’en sortia era la d’un fornàs : Segur, lo fioc fai requièular lei tenebras. Mai crama tamben e me sentissiau come lo parpalhon que torna e vira sempre mai prochi de la flama. Es que pode aici grafinhar de negre sus aqueste papafart la veritat que m’espaventa ? L’icona, la famosa icona, semblava de plorar. De fin degots regolavan dau negre agach de la madona.
D’abord, i’ai pas cresegut. D’istorias d’aquela mena, n’ai legit de molons. L’oli que lo bosc de l’icona espompit, subit, per de rasons que la sciencia esplicarà, fenis per se condensar au defora. Pode me confortar davant un article de jornau. Mai de lo vèire. Miès, de lo tocar dau det, es una autra menestra e s’abosonan dins mei crèires lei pilars de la reson. Te pensas d’aguer petat un cièucle, d’aguer perdut l’estela que te menava just au moment precis que la pintura aurada t’anava mostrar lo camin... Com’un que vèn de se prendre un simec, mitat ensucat, ai sortit a la bona dau jorn butat per aquela necessitat de caminar per laissar lei causas se tornar-metre en plaça. Sadol de potingas, ai pièi dormit com’un plot, un muret sord com’un araire. Mai aqueste matin d’aqui, embarrat dins mei certesas, anarai d’un pas segur desliurar lo vielh secret au trefons de la glèisa. La madona, la farai parlar. Basta s’amudiguessan lei cançons bizantins. Et tenebra eam non comprehenderunt

Traduction :

Et les ténèbres ne l’ont pas avalée

Extraits du journal retrouvé dans les papiers du professeur Robert Landgon après son suicide à l’hôpital des fous de Chieti.

Vendredi 19 mars

L’hiver joue les prolongations. Ou plutôt, c’est le printemps qui n’en finit plus d’arriver. Les premières « mouches blanches », les fleurs d’amandiers, se fondent sur le ciel gris. Un nuage bas couronne le Gran Sasso. Dans une paire de jours, le printemps sera là. Tout est symbole. La voiture que j’ai louée dès mon arrivée sur cette terre bénie d’Italie ronronne tel un chat tandis que les nids de poule sur la route font tressauter mon dictaphone posé sur le siège. Il faut cependant avouer que j’ai abandonné la grand route pour emprunter un mauvais goudron qui serpente entre les oliviers. Enfin le village ! Des maisons basses, presque des cabanes. Il pleut. Il bruine plutôt. Une sorte de brouillard humide qui fait luire le pavé de la grand rue comme des moustiques d’amertume. J’hésite. Chacun choisit son pays, le façonne selon son désir. Pour ma part, je me suis contenté de rassembler ce qui était épars.
Depuis des années, je chemine dans les traces d’une mémoire perdue. Perdue ou effacée ? De Boston à Sacramento, de la chaleur poisseuse du bayou aux matins clairs de l’Orégon, je suis les vieux à la trace pour tirer de leurs mémoires usées les ultimes paroles de ce qu’ils y ont vécu, de ce que leur ont transmis leurs anciens quand sur leurs genoux, ils évoquaient les ancêtres de leurs ancêtres. Le patrimoine immatériel comme l’on dit aujourd’hui, voilà l’objet de mes recherches. Ce que, malgré leurs vies déchirées par le double exil, ils véhiculent sans le savoir au fond de leur mémoire. Maître en maïeutique ? Sourcier ! J’ai même appris leur langue et me voilà au bout de la route, dans ce village aux murs battus par le vent venu d‘Adriatique.
La nuit est maintenant tombée. Comme pour une lampe à huile, le vent fait danser la lumière qui s’échappe des éclairages publics. Le nuage cavale de ses ombres. Seule, à l’étage, une fenêtre dessine le carré long d’une lumière sûre. Qui s’abrite derrière l’épaisseur des murs de la maison ? Quelle famille s’est rassemblée tout autour de la table ? Qui est cet homme qui use ses yeux sur un vieux livre ? Que se racontent-ils à l’oreille, ces étrangers mes frères ? Le vertige me prend à la simple idée qu’ici, les racines profondes nourrissent encore des bourgeons printaniers tout au bout de la branche. La lumière brille toujours dans les ténèbres.

Samedi 20 mars

Il fait un temps de mars. Ce matin, lorsque je suis sorti de l’hôtel, entre ciel couvert et éclaircies, la nuée courait toujours, venue de la mer vers les Abruzzes. Là-haut, au firmament, un couple d’aigles planait, impériaux. Et j’étais à leur aplomb, écartelé entre orient et occident, entre la mémoire et l’oubli, entre l’abandon de mes recherches et le terme de ma route. Toute la nuit, dans les draps dont je sentais le grain épais contre ma jambe nue, j’ai tourné et viré comme un porc malade. Un porc ? J’ai bien dit porc mais un porc de batterie, pas la truie qui file les savoirs oubliés. Hier soir, j’ai trop mangé. Et puis il y avait le vin incarnat qui dansait dans le verre. Le lit de fer grinçait à chaque fois que mon corps changeait de place. Les yeux grands ouverts, je scrutais l’obscurité. Enfin, un bleu sale avait coloré la fenêtre. Mais tout restait gris.
Le café avalé, je me perdis dans le labyrinthe des rues et des chemins de campagne. Il est des matins où la lucidité est plus puissante que n’importe quelle drogue. La transparence de l’air dessinait les formes rectilignes d’un abreuvoir. Maisons aux volets clos. Odeur puissante de la terre après la pluie. Fantôme caché dans la forme pré-raphaelite d’un nuage. Echo lointain de voix d’hommes interprétant un cantique orthodoxe. L’ai-je vraiment entendu ou est-ce mon imagination qui veut colorer ce pays des propos ratatinés que j’ai laissé déposer au fond de mon crâne comme le sédiment au fond des mers secondaires ? Le pays dans une épaisseur de temps pétrifié !
L’horloge marquait onze heures vingt-cinq quand enfin je suis entré dans l’église qui trône au milieu du village. Aucun touriste en ce printemps incertain pour admirer les soixante quinze icônes byzantines qui dorment dans la paix d’un village caché où il faut se rendre exprès, pèlerin comme moi venu des Amériques. Lasse de tant voyager, elle s’était arrêtée ici, la Odigitria Madonna, la vierge qui montre le chemin. Un chemin que je m’obstine à suivre depuis des années au travers des récits d’émigrants glanés ici et là en pays étranger. Le secret de « l’icône dans l’île » se cachait sans doutes dans l’humilité de cette église faiseuse de miracles qu’on lui avait dressé autour lorsqu’elle n’avait plus voulu avancer ; en huit générations, les dix sept familles de l’origine avaient fait souche et portaient, chacune de son côté, un peu de poussière de la vérité première. Mais c’est de l’autre côté de l’océan que j’avais tiré le fil de l’écheveau si bien qu’ensuite, tout s’était dévidé.
Mal être ! Mon ventre m’abandonnait. Se creusait un grand vide qui m’attirait vers le sol. La vierge qui montre le chemin ! Mais une icône n’est pas faite pour être regardée : il faut savoir l’entendre ! Des mots qui remontent de l’obscurité vertigineuse de l’histoire, des temps d’antique bonhomie. La parole perdue se terre ici et le regard de la vierge à l’enfant m’interpelle sur les raisons de ma folle recherche. Une peur majuscule me noue les tripes. Il me faut sortir. Demain, c’est le printemps !

Dimanche 21 mars

Pour dormir, il m’a fallu prendre un sédatif. Il est difficile d’écarter les paupières quand on sort d’un grand trou. Qu’est-ce qui ressemble le plus à la mort que cette absence sans rêve ? Tout me paraît flou et pourtant, j’ai rendez vous avec l’histoire, mon histoire. Noires silhouettes dans le matin : des vieilles s’en vont à messe. Ce que j’ai cru voir hier soudain me revient et me submerge. Me pétrifie si vous préférez. Si j’ai erré tout l’après-midi dans la campagne, c’est qu’une porte s’est ouverte dans l’obscurité de l’église et la lumière qui en sortait était celle d’un brasier. Pour sûr le feu fait reculer les ténèbres. Mais il brûle aussi et je me sentais comme le papillon qui vole de plus en plus près de la flamme. Puis-je ici mettre en noir sur le blanc de ce papier la vérité qui m’épouvante ? L’icône, la fameuse icône semblait pleurer. De fines gouttes suintaient du regard noir de la madonne.
D’abord, je n’y ai pas cru. On lit souvent ce genre d’histoire dans les journaux : l’huile imbibant le bois de l’icône, pour des raisons que la science finira par expliquer, un jour se met à suinter. On peut se rassurer devant un article mais de le voir, mieux, de le toucher du doigt, c’est une tout autre affaire. On dirait que soudain s’effondrent les piliers de notre raison. Tu penses devenir fou, perdre l’étoile qui jusqu’ici t’avait mené au moment même où la vierge allait te montrer le chemin. Tel un boxeur KO debout, je sortis dans la lumière, certain de la nécessité de laisser aux choses le temps de se remettre en place. Bourré de médecines, j’ai ensuite dormi comme un loir, sourd comme un pot. Mais ce matin, fortifié dans mes certitudes, j’irai d’un pas certain délivrer le vieux secret du fin fond de l’église. Je ferai parler la vierge pour peu que se taisent les chansons byzantines. Nous étions dans les ténèbres. Et les ténèbres n’ont pas englouti la lumière.

puce Mon arbre a trepat l’escalièr...
par Jean-Marie Petit, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 6/20 photo 5
- le 6 avril 2010
Mon arbre a trepat l’escalièr
Per arribar al cèl d’en naut
Dins lo blau incèrt de l’ivern
Mon arbre a l’orle de l’ostal
Mon arbre ostal
Esbleugit per sas brancas
E que manquèt de se morir d’amor.


Traduction :

Mon arbre a grimpé l’escalier
Pour arriver au ciel d’en haut
Dans le bleu trouble de l’hiver
Mon arbre à l’ourlet de la maison
Mon arbre maison
Ébloui par ses branches
Et qui faillit mourir d’amour.

puce L’ostal d’Adriana
par Jean-Marie Petit, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 8/20 photo 7
- le 6 avril 2010
L’ostal d’Adriana

A l’ostal d’Adriana
I a dos cavaliers
Plens de nafraduras
E de deslembrièrs…
Dins un escalièr
De garganta estrecha
I a un leit gelós
De fuòc e de peiras
Dos candelièrs nauts
E la mòrt en crotz.

Traduction :

La maison d’Adrienne

A la maison d’Adrienne
Il y a deux cavaliers
Pleins de blessures
Et d’oublis…
Dans un escalier
De gorge serrée
Il y a un lit jaloux
De feu et de pierres
Deux hauts chandeliers

puce Ametlièr
par Jean-Marie Petit, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 2/20 photo 1
- le 6 avril 2010
Ametlièr

Prima d’abans la prima
Candelièr de la nèu e Dieu
Velhas sus ma dolor
Qu’apasimas
E ta paraula es d’aur e d’aura.
Ai copat una branca
Per cambiar l’aiga en vin
E mon còr en vergier
E lampi dins mon sòmi.


Traduction :

Amandier

Printemps d’avant le printemps
Chandelier de la neige de Dieu
Tu veilles sur ma douleur
Que tu apaises
Et ta parole est d’or et de vent.
J’ai coupé une branche
Pour changer l’eau en vin
Et mon cœur en verger
Et je me glisse dans mon rêve.

puce Enluòc
par miquèl decòr, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 14/20 photo 13
- le 30 mars 2010
En plen mitan de pas enluòc
dins l'oltra-blu de ton image
- en ieu -
tos passes dins la nuèit,
la nèu los sebelis.
Fuòc de desir
d'una bruma que tomba,
endralhi lo país
de las parets de sabla;
e dins l'agach en cròs
d'un escur que s'amaga
vesi tornar picar
lo miègjorn de ton còr;
Arpèjis de colors
e sintaxi del jorn.

puce 'O SOLE (Il sole)
par pisani raffaele, écrit en dialetto napoletano sur la (les) photo(s) n° 6
- le 30 mars 2010
Da 'o cielo nirefummo
cadeva tanta 'e ll'acqua ca pareva
vicina overamente 'a fine 'o munno.

Nu guagliunciello
ncopp'a nu foglio 'e nu quaderno 'e scola
cu nu làppese giallo
ce pittaie 'e sole.

Traduction :

Dal cielo scuro scuro
cadeva tanta di quella pioggia che sembrava
vicina davvero la fine del mondo.

Un bambino
su un foglio di un quaderno di scuola
con una matita gialla
disegnò il sole.

puce MARIUOLO (Ladro)
par pisani raffaele, écrit en dialetto napoletano sur la (les) photo(s) n° 5
- le 29 mars 2010
Me so' arrubbato
nu raggio 'e sole
e te l'aggio
rialato.
'A gente
m'ha chiammato
mariuolo
M'ha fatto
'o pruciesso.
M'ha cundannato.
Ma io,
comm'esco a llibbertà,
'o sole me l'arrobbo sano sano
e t''o rialo.

Traduction :

Ho rubato
un raggio di sole
e te l'ho
regalato.
La gente
mi ha chiamato
ladro.
Mi ha fatto
il processo.
Mi ha condannato.
Ma io,
appena torno in libertà,
il sole lo ruberò tutto intero
e te lo regalo.

puce Camins abeuran...
par FELIP ANGELAU, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 9
- le 28 mars 2010
Camins abeuran iconas cracan craman cada nuèch copa a copa - Prima l'i es pas te disi de non - Nonmàs un regard de rusca resquilha raras deus encendoris de l'arbralha desemplumada desnivolada - te torni dire que l'i es pas - o saique rebat del lièch pintura d'arma....

Traduction :

Les chemins abreuvent les icones crissent et crament coupe à coupe chaque nuit - Je te dis que le Printemps n'est pas - ou alors raz des encensoirs seul dérape regard d'écorce de futaies effeuillées sans nuées - Je te redis qu'il n'est pas - ou peut-être reflet du lit peinture d'âme...

puce Marrana
par Felip ANGELAU, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 7
- le 28 mars 2010
Nonmàs 'na crotz nonmàs ' na leia
sonque un punt al cap de las mans
que tampan l'asuèlh eiada

Saique 'na pluèja soleta dusc'a l'ombra
'quo's pas que l'enfantèsa 'qui
que de genolhons tot suau goteja

Traduction :

Juste une croix, juste une route
juste ce point au bout des mains
ou se ferme l'azur longtemps

La pluie seule jusqu'à l'obscurité
sans doute Ici ce n'est que l'enfance
qui suinte à genoux doucement

puce LA GOFIA BLANCA LA VIRADA / LE GOUFFRE BLANC LE VIRAGE
par JOAN PEIRE TARDIU, écrit en langue d'oc sur la (les) photo(s) n° 9
- le 27 mars 2010
LA GOFIA BLANCA LA VIRADA

lo lum desfelcit la butida a brigalhs l’abséncia lo cèl cunhat a la virada las parets la rusca lo biais perdut la gófia blanca l’alen lo desan los somis jos la tèrra lo temps desalbirat




e non e non lo jorn barrat un tròç de jorn l’ostal a penas lo camin de degun lo capvirar las rupas l’afogadura cufa ‘na culida d’aire los rebats de fusta las brancas negras lo talh del verd los uèlhs de pos al voide lo temps desclaufit

Traduction :

LE GOUFFRE BLANC LE VIRAGE

la lumière dissoute la poussée en lambeaux l’absence le ciel rencogné le tournant les murs l’écorce l’habitude perdue le gouffre blanc le souffle l’abandon les rêves sous le sol le temps sans repères


et non et non le jour fermé un bout de jour la maison à peine le chemin de personne le chavirement les rides l’élan désert une cueillette d’air les reflets sur le bois les branches noires le tranchant du vert les yeux jusqu’au vide le temps dépeuplé

puce Murs
par Julien Desaygues, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 16
- le 25 mars 2010
los murs son de pèira
mas la pèira es de tèrra
qual farguèt la tèrra?

los traucs son d'èr
mas l'èr es de gaz
qual creèt lo gaz?

l'imatge es gris
e de milanta colors
qual inventèt las colors?

Traduction :

the walls are from stones
but the stones are from earth
who cooked the earth?

the holes are from air
but the air is gaz
who created the gaz?

the image is gray
and of a zillion colours
who invented the colours?

puce Duèrm; Espèra
par Rose Blin-Mioch, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 10 puis 14
- le 25 mars 2010
Duèrm


Duèrm l’ostalàs vielh
Dins la talvera del remembre
Duèrm
Malgrat los calelhs e la crotz

Los uòls tancats sus sos membres
Malgrat l’escurina de la Gleisa
Sonque prèp de sa boca languiva
Las aspidistras bolegan
Testimoni que van a tornar
Los enfants de l’altra man de la mar granda
Amb d’autres mainatges jogadors
Desrevelhant pecaïre lo vielh ostalàs.
L’agach perdut sus las colors dels quadres passats









Espèra

Genièr tot eri a l’espèra
De l’estèla de la flor blanca
Uèi qu’espeta l’ametlièr
Daissi estar ma cambra suava
De nuòch per dessobtar de matin
Sa flaira e la goteta d’aigatge
Esconduda dins son còr.
Nèu de prima escampilhada
Sus lo gris de la branca torsa

Traduction :

Sommeil

La vielle bâtisse est endormie
A la lisière du souvenir
Elle dort
Malgré les lampes et la croix
Les yeux fermés sur ses secrets
Malgré l’obscurité de l’Eglise
Seules près de sa bouche languide
Les aspidistras dodelinent
Témoignant du retour
Des enfants de l’autre côté de l’océan
Avec d’autres fils et filles qui joueront
Réveillant la pauvre vielle bâtisse.
Le regard perdu dans les couleurs fanées des tableaux.

Attente
En janvier j’étais à l’affût
De l’éclat de la blanche fleur
Aujourd’hui qu’éclot l’amandier
Je délaisse le calme de ma chambre
De nuit pour surprendre au matin
Son parfum et la gouttelette de rosée
Cachée en son cœur
Neige de printemps éparpillée
Sur le gris de la branche tordue.



puce La maquina d'enfaissar - XXI
La machine à entasser - XXI
par Franc Bardòu, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 16
- le 23 mars 2010
Davant l’abeurador
dels tempses de carèstia,
l’ira bauja e la lutz
se mèsclan melodia
quora sorga la prima,
coma se mond e ment
una estona junhián
sas quatre mans cadun
als quatre vents de l’autre.

Femna del potz cavat
al fons de las estelas,
dosta d’aigueta encara
als aucèls de delicis
qu’escampilhan pels cèls
d’esperanças perdudas
sos ramèlsde colors.

Maire ceremoniosa,
aparaira del fuòc,
abranda al fons del còr
de la tèrra escantida
un apuc de las cançons
que fasián s’enantir
de pels arbres sacrats
las flors ara escafadas
del nòstre Gai Saber.

Es vuèg, l’abeurador,
que n’i crèban tas bèstias,
amb sòmis e cançons,
e lai, davant ta pòrta,
megapòlis sens fin
semenan de terror
la paurilha anonima,
al grat d’unas maquinas
d’enfaissar, carn sus carn,
çai los que van de badas,
e lai los asservits
que ne fan monedalha.

Sec es l’abeurador,
e banhada las armas
d’aqueles orfan èls
que susan, mas per d’autres,
o traspassan per res.

Traduction :

Devant l’abreuvoir sec
du temps de la disette,
folle rage et lumière
se mêlent mélodie
lorsque sourd le printemps,
comme si monde, esprit,
joignaient un court instant
chacun leurs quatre mains
aux quatre vents de l’autre.

Femme du puits creusé
au fin fond des étoiles,
verse encore un peu d’eau
pour les oiseaux de joie
qui répandent aux cieux
d’espérances perdues
leurs bouquets de couleurs.

Mère cérémonieuse
et gardienne du feu,
embrase, au fond du cœur
de notre terre éteinte
un peu de ces chansons
qui faisaient s’épanouir
sur les arbres sacrés,
les fleurs aujourd’hui mortes
de notre Gai Savoir.

Ton abreuvoir est vide
et tes bêtes en crèvent
avec rêves, chansons,
et là, devant ta porte,
d’immenses mégapoles
parsèment de terreur
les miséreux sans nom
au gré de leurs machines
à entasser les chairs,
ici les chairs exclues,
là les chairs asservies
desquelles elles font monnaie.

Sec reste l’abreuvoir,
et ruissellent les âmes
de tous ces orphelins
qui ne suent que pour d’autres
ou qui crèvent pour rien.

puce Identitat
par Daniel Daumàs, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 12
- le 21 mars 2010
Identitat

Siáu naissut dau rocàs e de la terra dei restancas. Siáu naissut dei fònts inesperadas. Ai la memòria dei peiras e dau vent que s'encanha dins lei matas de rorachons. Siáu Ulissi plantat.

Traduction :

Identité

Je suis né du rocher et de la terre des restanques. Je suis né des sources inespérées. J'ai la mémoire des pierres et du vent qui s'enrage dans les branches des jeunes chênes. Je suis Ulysse enraciné.

puce Liure serai
par Joanda, écrit en occitan sur la (les) photo(s) n° 19
- le 20 mars 2010








Balançat, menat pels corrents
Entre lo mal, entre lo mal, lo ben
Sondat, derruscat, per un fum de gents
Nud davant, lo marrit vent

Liure serai
Que ne siá aital

Ba sabi plan la fèbre del fuòc
L’estranha doçor d’un pòble qu’espèra

Liure serai
Que ne siá aital
E lo prètz ba sabi
Liure serai
E la patz davant

Al mai pregond de vòstra lei o d’una armada
Al mai pregond ni per vòstre cèl ni sa pregària
Que ne siá aital

Liure serai
E lo prètz ba sabi
Que ne siá aital
E lo prètz ba sabi
A bona fin portat, consolat
Amb ieu la patz

Traduction :

Je serai libre

Balancé, transporté par les courants
Entre le mal, entre le mal, le bien
Sondé, meurtri par un tas de gens
Nu devant le mauvais vent

Je serai libre
Ainsi soit-il

Je connais bien la fièvre du feu
L’étrange douceur d’un peuple qui attend

Je serai libre
Ainsi soit-il
Et j’en sais le prix
Je serai libre
Et la paix devant

Au plus profond de votre loi ou d’une armée
Au plus profond, malgré votre ciel malgré sa prière
Ainsi soit-il

Je serai libre
Et j’en sais le prix
Ainsi soit-il
Et j’en sais le prix
A bonne fin porté, consolé
Avec moi la paix

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