
Liet Lavlut 2008 Program
Colloque du Conseil
de l’Europe
Minority languages as
instruments for the
cultural development
of regions
Présentation du Colloque
par Alexey Kozhemyakov
Textes des chants
du Liet Lavut 2008

Corse Matin,
3 octobre 2008
Corse-Matin,
21 octobre 2008
Le Festival Liet Lavlut créé en 2002 pour promouvoir la chanson en langue minoritaire s’est imposé comme un festival culturel d’importance majeure, qui valorise la diversité culturelle et linguistique de l’Europe.
La cinquième édition de ce Festival s’est tenue à Luleå, à l’extrême nord de la Suède, du 16 au 19 octobre 2008. La créativité des langues minoritaires a été mise en évidence avec une exposition sur les Rroms en Europe, des films de l’extrême nord, une exposition de photos, un défilé de mode, des performances, danses et musiques.
Le Conseil de l’Europe a placé cette édition dans le cadre des célébrations entourant le 10e anniversaire de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et a organisé, le 17 octobre, une conférence sur le thème :
« Les langues minoritaires en tant qu'instruments pour le développement culturel des régions »
Le concours du Festival Liet Lavlut, équivalent de l’Eurovision pour les langues minoritaires, a réuni quelques 80 interprètes représentant 11 langues minoritaires, de la Bretagne et l’Écosse à la Galice, la Scandinavie du Nord ou la République de Mordovie (Russie). C’est devant une salle de 2000 personnes et des télévisions de toute l’Europe que le Prix du Jury et le Prix du Public ont été attribués à Jacques Culioli pour la chanson « Hosanna in excelsis » de Bruno Susini.
Le prix du jury, sponsorisé par le Conseil de l’Europe, a été remis au gagnant par Alexey Kozhemyakov, responsable de la Charte des langues régionales ou minoritaires au sein du Conseil de l’Europe.

Jacques Culioli entouré de Bruno Susini et des musiciens
La Corse est une île méditerranéenne dont on dit depuis la nuit des temps qu’elle est la plus belle. C’est sans doute ce qui lui vaut dans son histoire et de manière constante l’attachement viscéral de ses habitants.
Méfiant et protégé par ses hautes montagnes, ouvert et accueillant par ses ports et son, le peuple corse est le fruit immémorial d’apports démographiques et d’influences diverses au cœur de la méditerranée. Ainsi, la Corse n’échappe pas au caractère paradoxal d’autres grandes îles dans le monde : celui d’être un territoire clos et ouvert à la fois, d’être en somme une route et un monde en même temps.
Son passé humain qui remonte jusqu’à la préhistoire lui a conféré une latinité euroméditerranéenne notamment forgée par ses deux continents immédiats : la France et l’Italie. L’Italie lui a donné dès l’antiquité cette romanité qu’elle défend aujourd’hui à travers une langue originale, le corse. D’abord confondue avec l’italien standard, la langue corse a affirmé son autonomie linguistique par une riche tradition orale où le chant tient une place centrale et par une importante créativité littéraire à partir du XIXe siècle.

Bruno Susini et Jacques Culioli
Jacques Culioli, compositeur et interprète est directement issu de cette histoire, de ce mélange de tradition et de création. Il est originaire d’un hameau de l’extrême sud de l’île, dans la région de Bonifacio distante de la Sardaigne de 12 km. Il est le petit fils du fameux barde Ghjuvan’Andia Culioli connu pour la qualité de ses improvisations et la force de sa voix. Poète de l’oralité, la production du barde Culioli est aujourd’hui entrée dans le patrimoine immatériel de la Corse.
Jacques Culioli est ainsi par ses influences le fruit d’une triple convergence : d’abord dans la plus pure lignée de l’oralité traditionnelle, puis par un passage par l’école du chant classique et enfin, par une carrière marquée par la participation aux meilleures formations corses issues de la période du Riacquistu (ethnic revival). On peut citer entre autres : Canta u Populu Corsu et Surghjenti, deux formations emblématiques de la qualité du renouveau culturel corse à partir des années 1980.
Au-delà de ses propres compositions, son répertoire se nourrit des meilleurs auteurs et compositeurs corses dans des thématiques diverses qui vont vers un engagement identitaire en faveur de la Corse (écologie, défense patrimoniale…) et qui trouvent souvent une ouverture solidaire sur d’autres situations minoritaires dans le monde. N’hésitant pas à utiliser d’autres langues que le corse, Jacques Culioli chante, en Corse et bien au-delà, une vision de l’humain dans le respect de la diversité des peuples et des cultures minoritaires.
Alain di Meglio
Ce chant a été publié dans le disque Eternisula, produit par Radio France et distribué par Harmonia Mundi, 2003.
Hosanna in excelsis…
Pà issi cori chi sunniavanu
Di pace è sponde calme
Cù le so speranze appese
A isse tozze assuliate,
Pà issi venti chi scatinavanu
E mente di l’umani
Di lé so idee armate
Par un’antru lindumani
Senti cum’eo pregu,
cum’eo pregu.
Hosanna, in excelsis
Oghje un’anima hà u fretu
Vedi un’anima hà u fretu
Pà isse vite accugliate
A e porte di u supranu
E Ie so quattru staghjoni
Di ricordi a e nostre labbre
Pà e stonde di a storia
Chi scrivianu isse mane
E tanti suspiri offerti
A lu sognu chi s’alluntana
Vedi ind’ù ni so li nostri tempi,
Duri so li nostri tempi
Hosanna, in excelsis
In unitate
Spiritus sanctis
Senti cum’eo pregu
Cum’eo pregu…
Bruno Susini
Hosanna in excelsis…
Pour ces cœurs qui rêvaient
De paix, de rives calmes
et leurs espoirs accrochés
aux falaises de soleil
Pour ces vents qui emportaient
des consciences les chaînes
et les idées armées
pour un autre lendemain…
Entends comme je prie
Comme je prie
Hosanna in excelsis
Aujourd’hui une âme a froid
Tu vois une âme a froid
Pour ces vies accueillies
aux portes du paradis
et leurs quatre saisons
de souvenirs à nos lèvres
Pour ces moments d’histoire
que nos mains écrivaient
et tous ces soupirs rendus
au rêve qui s’éloigne
Vois ce que sont ces temps devenus
Durs sont ces temps devenus
Hosanna in excelsis
in unitate spiritus sanctis
Entends comme je prie
Comme je prie
Traduction Alain Di Meglio
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