
Diasporiques n°3 - sommaire
Les langues régionales dans la Constitution
Henri Giordan
La diversité linguistique en Italie
Giovanni Agresti
2008 Année internationale des langues
Henri Giordan
La question des langues en Europe
Henri Giordan

L'année 2008 a été proclamée par les Nations Unies, année internationale des langues. Tous les États membres des Nations Unies ont l'obligation morale d'encourager la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier.
La France éprouve de grandes difficultés à prendre les mesures nécessaires pour les langues présentes sur son territoire. La tentative du gouvernement Jospin, en 1999, pour faire ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires s'est heurtée au veto du Conseil constitutionnel. Durant les sept premières années du XXIe siècle, aucune initiative politique importante n'a été prise.
Cette année enfin, pour la première fois depuis le début de la Ve République, le Gouvernement a pris l'initiative d'organiser un débat sur ce sujet. Le 21 juillet 2008, le Parlement réuni en Congrès a décidé d'inscrire les langues régionales dans la Constitution française : « Art. 75-1. - Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».
Le Gouvernement français annonce enfin la discussion d'un projet de loi sur les langues régionales en 1999.

La revue trimestrielle Diasporiques/Cultures en mouvement, a pour objectif de fournir des éléments de réflexion sur les dimensions politiques et sociales des faits de culture constitutifs du tissu relationnel de notre société.
Diasporiques est coéditée depuis le début de l'année 2008 par l'association Diasporiques et la Ligue de l'Enseignement. On peut s'y abonner ici.
Le sommaire du numéro de septembre 2008, centré sur les questions d'identité, comporte une série d'articles sur les langues minoritaires, le sort du yiddish dont il est encore possible de préserver l'usage, et sur l'actualité politique et juridique des langues de France :
Sur ce sujet, on pourra se reporter également à un article d'Henri Giordan, « 2008, Année internationale des langues : le rôle de la France » publié dans Mediapart, le 13 avril 2008.
Le 26 septembre 2008, à l'occasion de la Journée européenne des langues, la France a organisé à Paris un grand Colloque Quelles langues pour quelle Europe ? - États généraux du multilinguisme.
On trouvera des témoignages intéressants sur la façon dont est perçu le multilinguisme sur le site de Langues en fête, un voyage au cœur du multilinguisme organisé aussi le 26 septembre 2008 par la Ville de Paris. Nous avons ainsi de brèves vidéos de personnalités du monde de la culture, de l'économie, de l'administration et du spectacle ainsi que des personnes rencontrées dans la rue.
Nous reproduisons ici quelques vidéos en invitant à regarder l'ensemble sur le site de Langues en fête.
La réflexion sur ce thème central pour la construction européenne se poursuit.

Julia Kristeva
© John Foley/Opale
Celle de Julia Kristeva est particulièrement importante. Dans une intervention au ministère de la Culture du 16 septembre 2008, elle éclaire les chances que la diversité linguistique donne à l'Europe dans la modernité :
« L'Europe est désormais une entité politique qui parle autant de langues, sinon plus, qu'elle ne comporte de pays. À mes yeux, ce multilinguisme est le fond de la diversité culturelle qu'il s'agit d'abord de sauvegarder et de respecter - pour sauvegarder et respecter les caractères nationaux -, mais qu'il s'agit aussi d'échanger, de mélanger, de croiser. Et c'est une nouveauté, pour l'homme et la femme européens, qui mérite réflexion et approfondissement […] »
« […] dans le monde globalisé, il n'y a plus d'universel uniforme et absolu, mais des diversités culturelles qui se doivent attention et respect. On nous fait peur en nous disant que nous manquons de « sens », que nous avons perdu « le lien ». Mais ce qui « fait sens » aujourd'hui, n'est-ce pas la diversité des singuliers, quand elle résiste à la banalisation et à l'automatisation ? Le lien, n'est-ce pas la traductibilité possible de nos divers langages, sensibilités, histoires, nations, sexualités, identités : leur partage ? Le multilinguisme est le laboratoire de cette diversité partageable, et la meilleure réponse aux tentations fondamentalistes. L'Europe est un pari sur la traduction possible des diversités, et pour commencer linguistiques. »
On peut encore lire ici une interview qu'elle a donnée à cette occasion à la Ligue de l'Enseignement.

Philippe Van Parijs
M. Philippe Van Parijs, professeur à l'Université catholique de Louvain et Visiting Professor à l'Université de Harvard a donné le 15 octobre au Collège de France, une conférence sur :
La justice linguistique en Europe et dans le monde
Cette intervention, qui sera bientôt disponible en vidéo sur le site du Collège de France, apportera un point de vue très important sur la place de l'anglais dans un monde multilingue. La thèse défendue par Philippe Van Parijs : « Aller sans complexe vers la diffusion de l'anglais, mais protéger toutes les autres langues avec des mesures coercitives ». Il est inutile de chercher à « résister » à l'anglais. Il est plus important d'en démocratiser l'accès afin lutter contre une fracture linguistique qui pénalise les plus défavorisés. On parviendra à maintenir un indispensable pluralisme linguistique en appliquant un principe de territorialité linguistique, afin que « chaque langue puisse être reine sur son territoire ».
On lira, sur ce sujet, un article d'Henri Giordan défendant des positions comparables et proposant également une approche réaliste du problème : « La question des langues en Europe ».
La dixième édition du Salon européen de l'éducation, événement de référence réunissant les différents acteurs des systèmes éducatifs, s'ouvrira le 27 novembre prochain à Paris. Ce Salon organise le vendredi 28 novembre un débat sur les langues régionales.
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